Faire confiance et lâcher prise en voyage ou en vivant à l’étranger

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui : je me cite ! Nous avons passé l’année 2015 en Inde, à l’époque je tenais un blog pour donner des nouvelles et des photos à la famille. Et puis, avec le temps et les multiples découvertes sur l’Inde et ce que cela faisait ressortir chez nous, j’ai ouvert une rubrique « philo de comptoir », dans laquelle j’ai publié l’article ci dessous qui traite de la confiance. (D’ailleurs si l’Inde vous intéresse, je vous conseille d’aller y faire un tour, j’y parlais de films, de traditions, de nos voyages, etc, etc…).

Actuellement au Myanmar pour le travail et ce pour plusieurs semaines, je me retrouve à nouveau confrontée à cette problématique : dois-je faire confiance au chauffeur de taxi, est ce un prix juste, est-ce que cette entrée est vraiment payante ?

Bien que cet article soit orienté voyage à l’étranger, c’est un bon début de réflexion sur la confiance en général. Bonne lecture !


En début de semaine, je lisais le passage d’un livre qui traitait de la confiance, sa définition et ses bienfaits. L’auteur (Christophe André) y explique que c’est une forme d’optimisme, qu’il ne s’agit pas d’un aveuglement mais d’une tranquillité de l’esprit face à l’absence de problème manifeste, qu’accorder sa confiance comporte toujours une part de risque mais que cela contribue à rendre la société plus humaine.

Cela a particulièrement du sens lorsque l’on vit à l’étranger et particulièrement dans un pays où tu ne comprends pas grand-chose à ce qui t’entoure (du moins au début) : la langue, l’alphabet, les religions et leur cohabitation, les règles de société tacites et explicites, les prix à la tête du client. (Je ne parle même pas du gaz qu’on essaye d’obtenir depuis plus de 3 semaines, ni du système compliqué pour réserver une place de cinéma, …).

Dans ce contexte tu es donc obligé de faire confiance. A tout le monde. Au chauffeur de risckshaw, au marchand de légumes, au mec dans la rue qui te traduit ce qu’essaye de te dire le chauffeur de rickshaw et le marchand de légumes, au deuxième mec qui vient aider le premier et qui ne dit pas forcément la même chose, à ton agent immobilier, tu n’as aucune idée de l’échelle des prix, de ce qui se fait ou pas.

Cette perte de repères, valable dans un déménagement comme lors d’un voyage d’ailleurs, peut s’accompagner d’une méfiance plus ou moins intense selon chacun. Je suis sûre que le chauffeur me ballade pour faire tourner le compteur, que je paye mes œufs le double du prix, il m’amène dans le magasin d’un de ses amis où je vais me faire arnaquer.. Cette méfiance est entretenue par tous les récits d’arnaques lues dans les guides, les divers forums de voyage et les expériences d’un pote de pote qui a eu des problèmes ici ou ailleurs.

L’auteur explique que si on est très méfiant on évitera la plupart des arnaques mais que nous serons passés à côté de l’essentiel : la qualité de vie et d’avoir pleinement profité du voyage ou du moment.

Hormis les voyageurs au budget très restreint ou les pour les fans de négo cela vaut-il le coup pour quelques euros d’avoir passé une h à aller de taxi en taxi pour comparer les prix ? Négocier pendant 15 min pour économiser quelques centimes sur ses légumes ? D’éviter de répondre à tous les gens qui nous abordent sous prétexte qu’ils vont forcément vouloir nous vendre quelque chose ?

La confiance suppose d’accepter un risque social relatif (celui de la tromperie) pour un bénéfice palpable qui est celui de la qualité de vie, et si les bons cons avaient une vie plus heureuse que les toujours méfiants ? Il ne s’agit pas de faire confiance aveuglement mais d’offrir une confiance éclairée, éveillée.

Évidemment dans les endroits très touristiques, du genre Taj Mahal ou palais royal de Bangkok, il faut rester méfiant quand quelqu’un t’explique que le palais est fermé pour cause de rénovations, mais globalement on a eu plutôt de bonnes expériences à suivre les conseils des locaux.

Par ailleurs, ces réflexions font écho à une de nos rencontres à Leh, dans le Nord de l’Inde, nous avions dîné avec un couple de français qui avait vécu plusieurs années en Inde. On avait notamment parlé du fait que c’est agaçant de devoir payer le prix touriste lorsqu’on vit dans le pays, qu’on essaye de négocier mais que l’interlocuteur ne veut rien entendre alors qu’on a parfaitement conscience de ce que les locaux payent. D’autant plus quand on a un budget restreint, comme moi qui n’avait pas de salaire au Bangladesh.

Sa conclusion était « si après une légère négociation je suis content du prix, si le vendeur est également content alors c’est vendu, peu importe le prix que les locaux paieraient ». Ça nous avait beaucoup plu comme raisonnement, après tout c’est vrai que nous n’avons pas le même niveau de vie non plus. Même si nous ne sommes pas riches en France, cela n’a aucune commune mesure avec le niveau de vie de la plupart des gens sur place.

Hier j’ai visionné un documentaire diffusé sur France 5 sur le Bangladesh, on y voyait un chauffeur de vélo rickshaw interviewé, il trimait tous les jours pour 3 euros, transportant jusque 3 personnes sur son vélo qui à vide pèse déjà 90 kg, sous une chaleur épuisante comme sous la mousson, au milieu d’un trafic délirant, son espérance de vie ne dépasse pas 40 ans, son salaire ne lui permettant pas de se loger à Dhaka, nourrir sa famille et encore moins d’envoyer ses enfants à l’école. Il avait du choisir d’abandonner sa famille au village natal pour économiser le plus possible. Lien pour visionner le reportage si ça vous intéresse : https://www.youtube.com/watch?v=7cIC03GRTNc , les journalistes ont d’ailleurs vraiment bien réussi à capter le bordel l’ambiance si particulière du Bangladesh et de Dhaka.

J’ai repensé à toutes ses fois où j’ai négocié avec ténacité tous mes déplacements au Bangladesh. On en parlait avec une amie hier et on se sentait coupables. En vivant sur place au quotidien, on ne réalise plus, on ne voit plus ou du moins on ne veut pas voir. Il ne s’agit pas de ne plus se servir des rickshaws, cela rendrait leur situation encore plus dramatique.

Certains bangladeshi pestaient toutefois contre les étrangers qui payaient trop les rickshaws, ces derniers préfèrent ensuite prendre des étrangers ou augmentent leur prix pour les locaux. Débat sans fin.

Une légère négociation est toutefois nécessaire la plupart du temps, c’est un jeu ici, tout le monde négocie. J’ai déjà fait 2h de vélo supplémentaires à Dhaka pour acheter des lumières de vélo 30 centimes moins chers avec mes collègues qui ne voyaient pas du tout le problème ! Et puis il y a des fans de la négo, des gens qui adorent négocier, comparer, obtenir le meilleur prix possible, personnellement ça me tend plus qu’autre chose, mais en général le simple fait de partir (sans que ce soit une tactique en ce qui me concerne) fait baisser le prix. Si la personne ne réagit pas au départ, soit vous êtes au milieu d’un flot de touristes, soit le vendeur vous a proposé un prix qui lui semble honnête et juste.

Le texte est un peu décousu, mais si on devait le synthétiser en quelques mots je dirais : apprenons à faire confiance, peut être que le détour en taxi nous fera découvrir un nouveau resto sympa dans la ville, et relativisons lorsque l’on sait que l’on paye (un peu) plus cher que la population locale (je ne parle pas d’écarts délirants ou des arnaques), c’est certes agaçant, mais normalement il n’y a rien qui endommagera de manière significative l’état de nos finances et cela fera peut être la journée de celui qui en bénéficie ! Plus facile en vacance que lorsque l’on vit sur place et plus facile également à dire qu’à appliquer, j’en ai bien conscience et je ne suis pas encore à ce niveau de lâcher prise, loin de là !

Sur ce, je vais essayer d’oublier cette entière journée que j’ai passé à râler d’avoir payé 6€ la location de nos vélos à Srimongol au Bangladesh, en trouvant que c’était scandaleux, du vol, une honte pour le gérant de la guesthouse, de la fois où on a préféré marcher 1 heure avec François en Thaïlande plutôt que de payer 4€ au lieu de 2€ le tuktuk, de notre révolte avec Madeleine à Dhaka quand on a réalisé qu’on payait trois fois le prix du bus par personne, soit 1€ au lieu de 30 centimes et que le mec essayait en plus de nous faire payer le fait que nos vélos étaient sur le toit, et j’en passe.. !


 

 

 

4 Comments

  1. « you white people (à prononcer vaïte pipol) rich people » voilà l’argument indéniable avancé un jour par deux indiens (riches!) face à nous petites étudiantes européennes qui tentions tant bien que mal de leur expliquer que nous étions financés par nos parents et donc sans le sous. Que l’on soit touriste, étudiant, chomeur, notre couleur de peau signifie la richesse et au fond…comment leur reprocher ce raccourci pas tout à fait faux comparaison donnée (un billet d’avion équivaut à bien plus que ce que la moitié des indiens gagneront dans toute leur vie) 😉 Cela me rappelle l’épisode des temples du Khamasutra à Khajurao ou nous avons passé 2 heures à négocier le « local price » rupeeseusement intéressant, cela nous a fait perdre un temps significatif, 2H dans bureau à photocopier tous les papiers que contenait notre sac à dos, pour quoi.. Comme tu le dis quand on vit dans le papier, parfois on oublie … d’ou on vient et qui l’on est !

  2. Hello !
    Moi aussi, je m’appliquais à expliquer par A + B que, non, vraiment je n’avais pas un sous, étant la en tant que bénévole.
    Rien que le fait d’être dans un pays si loin du mien, affirmait en fait clairement le contraire.
    Haha ! ce que j’ai pu pester aussi contre ce tarif spécial étrangers dans les musées !!
    « N’oublions pas d’ou on vient et qui l’on est ! » : une excellente morale à l’histoire !

  3. Noémie

    Forcément plus facile à faire en vacances, même si je me souviens avoir énormément pesté au Sri Lanka (ça te rappelle des souvenirs ..?!!), je crois que je suis arrivée à lâcher prise pendant mon voyage au Mexique (un peu différent de l’Asie, mais où le gringo reste un porte monnaie).
    J’ai essayé de prendre avec bcp plus de philosophie la différence de prix, le surplus que je savais pertinemment que j’étais en train de payer etc.. et punaise ça fait du bien !!
    Au final, en cumulé dans tout le voyage ça nous a peut être fait « perdre » 50 euros, mais en termes de bonheur et de qualité du voyage, on a tout gagné. En tout cas, 100% d’accord avec tout ce que tu dis ici, faire confiance, se laisser guider, se laisser un tout petit peu avoir et profiter bcp bcp

    • Oui, c’est plus facile en vacances, c’est vrai !
      je me souviens parfaitement de ce moment, notamment quand on était arrivés dans le sud pour rejoindre notre cabane sur la plage haha !
      Au cumul, la somme n’est pas significative, ce qui agace c’est le sentiment de se faire avoir je crois, plus que le montant !
      Mais l’essentiel c’est tellement de profiter !
      Une fois qu’on a accepté ça, c’est parti pour le kiff !!

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