Ethique sur l’étiquette, Rana Plaza & Fashion revolution week

Le 24 avril 2013 a eu lieu une catastrophe à Dhaka, capitale du Bangladesh. On ne va pas se retourner sur toutes les catastrophes qui arrivent dans le monde me direz-vous. Le souci, c’est qu’en fait nous sommes directement concernés.

1 133 mort, 2 500 blessés au nom d’H&M, Mango, Primark, Benetton, Bon Marché

Il y a 4 ans, une usine de confection textile s’est effondrée causant la mort de 1 133 personnes et de plus de 2 500 blessés. Les entreprises impliquées : H&M, Mango, Primark, Benetton, Bon Marché.. Mais probablement aussi Camaïeu et Auchan et Carrefour, qui nient cependant tout lien avec le Rana Plaza. Cependant des étiquettes des 3 marques ont été retrouvées dans les décombres…

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Le bâtiment étaient composé de 9 étages alors qu’il n’était conçu que pour en supporter 5. La veille du drame, le bâtiment avait été évacué en raison de fissures apparues sur les murs du bâtiment. Le lendemain les ouvriers ont été contraints de reprendre leur poste sous la menace de retenue de salaire, quelques heures plus tard des tonnes de gravats engloutissaient les quelques 3 000 ouvriers.


Le boycott par les consommateurs ?

Un des premiers réflexes que l’on peut avoir est le boycott, décider de ne plus acheter de vêtements fabriqués en Chine, au Bangladesh, etc…

J’ai vécu quelques mois au Bangladesh en 2014, travaillant pour une ONG et la réalité est complexe. On ne peut pas parler des méchants du textile qui exploitent une population, il y a une part de vérité mais ce secteur contribue aussi au développement économique du pays. Aux dires de mes collègues Bangladeshis, le développement de l’industrie textile a permis de lutter contre la misère, l’insécurité.

Pour reprendre les mots du Collectif Ethique sur l’étiquette : « Le boycott pourrait entraîner des fermetures d’usines et des travailleurs sans emploi qui risqueraient d’effectuer des tâches, souvent dangereuses, pour obtenir un peu d’argent (délinquance, prostitution, etc.) »

Faire pression sur les multinationales

Au niveau individuel

Il est important aujourd’hui de faire entendre notre volonté pour que les travailleurs puissent produire dans des conditions dignes et que la production se fasse dans le respect de l’environnement.

Il convient de cibler les multinationales et les marques plutôt que les fabricants, car ce sont ces derniers qui « imposent des conditions de fabrication basées sur des délais très courts, des coûts toujours plus bas, et des conditions contractuelles qui font porter tous les risques aux fabricants. En tant que « donneurs d’ordres », ce sont les marques et les distributeurs, qui ont le pouvoir d’imposer ces conditions extrêmes qui se traduisent en bout de chaîne par une pression à la baisse sur les salaires, et des conditions de travail déplorables. »

Ceci dit, nous sommes au bout de la chaîne : le renouvellement permanent des collections et les prix très bas sont plébiscités par une partie des consommateurs. A nous d’imposer un autre rythme.

Quel impact sur le prix de nos vêtements ?

Aujourd’hui et « même si les chiffres sont variables, la part du salaire de l’ouvrier ne représente que 1 à 3% du coût total. En conséquence même un doublement des salaires des ouvriers qui fabriquent ces produits ne se traduirait pas par une hausse sensible du prix payé par le consommateur : pour une chemise de 8 euros, l’ouvrier perçoit 24 centimes, si son salaire doublait la chemise coûterait 8 euros et 24 centimes. Le consommateur remarquera à peine cette augmentation, et ça devrait être aussi le cas pour la marque qui devrait absorber cette augmentation en acceptant de diminuer ses marges. »

J’ai trouvé cette infographie très parlante, même si elle ne reprend pas exactement les chiffres précisés par le CEE (Collectif Ethique sur l’étiquette).

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Je profite de cette thématique pour vous conseiller la lecture d’un article de Coline : le prix des choses. Ou elle décortique les prix de l’industrie classique et de la mode éthique, très instructif.

Au niveau international

Suite à l’effondrement,  les organisations syndicales et de défense des droits humains locales et internationales se sont battus pour que l’indemnisation des victimes et la sécurisation des usines de fabrication deviennent une priorité tant pour les pouvoirs publics locaux que pour les multinationales.

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Le Collectif Ethique sur l’étiquette que j’ai déjà cité à plusieurs reprises dans cet article est un des fers de lance de ce mouvement pour rendre justice aux victimes et faire en sorte que ces drames ne se reproduisent pas au Bangladesh et ailleurs.

Quel est son bilan 4 ans après la catastrophe ?

  • « L’Assemblée nationale a définitivement adopté la loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneuses d’ordre. Ce qui signifie que les 150 plus grosses multinationales françaises doivent publier et surtout mettre en œuvre un plan de vigilance devant indiquer les mesures établies pour identifier et prévenir les risques d’atteintes aux droits humains et aux libertés fondamentales, y compris chez ses sous-traitants et fournisseurs« . Le combat du collectif se poursuit pour une adoption de ce texte au niveau européen. Le texte n’est pas parfait (obligation de moyens mais pas de résultat) mais cela est une « première mesure historique pour entamer l’impunité dont bénéficient les acteurs les plus puissants de la mondialisation économique et pour la protection des droits et libertés fondamentaux et de l’environnement ».
  • Le fonds d’indemnisation a versé en direct 19 millions de dollars aux victimes et à leurs familles.

Ces deux avancées sont significatives, mais les conditions des travailleurs Bangladeshis ont peu évoluées depuis : ils demeurent parmi les moins payés au monde, la liberté syndicale est toujours entravée. La corruption hallucinante présente dans le pays, la justice arbitraire (la loi du plus fort et du plus riche prévaut toujours), le fait que les propriétaires d’usine soient très souvent liés au gouvernement ne leur facilitent pas la tâche.

Le Collectif Ethique sur l’étiquette, la Clean Clothes Campaign et les syndicats bangladais sont parvenus à faire signer l’Accord,  qui contraint les multinationales signataires à financer un système indépendant d’inspection des usines de leurs fournisseurs, et prévoit la mise en place des réparations nécessaires, tout en garantissant l’emploi et les salaires des ouvriers en cas de fermeture d’usine. Pour contrecarrer cet accord juég trop contraignant (tu m’étonnes..) 27 multinationales majoritairement nord-américaines ayant refusé de signer l’Accord ont créé un dispositif alternatif intitulé Alliance, laxiste et non transparent.

Sur 175 usines inspectées selon les deux types de régulation, l’Accord estime que la moitié des entreprises certifiées par l’Alliance présente des problèmes de structure. 


Concrètement, que faire pour contribuer à améliorer la situation ? 

Interpeller les marques

Interpellez les marques sur les réseaux sociaux, signez les pétitions du Collectif et diffusez les, posez des questions dans les magasins, le Collectif peut vous aider si vous souhaiter interpeller un directeur de magasin d’ailleurs.

Diffusez les appels du Collectif sur les réseaux sociaux, parlez en autour de vous, partagez cet article,… le but est d’alerter votre entourage !

L’idée n’est pas de ne plus rien acheter chez H&M ou Zara mais de le faire un peu moins, en toute connaissance de cause et de les pousser à amorcer une transition plus respectueuse des droits de l’homme et de l’environnement.

La Fashion Revolution Week

Chaque année, dans plus de 70 pays, pour commémorer l’effondrement du Rana Plaza et pour maintenir la pression sur les marques a lieu la Fashion Revolution Week. Objectifs : inviter chacun à consommer la mode autrement et demander aux marques la transparence sur leurs conditions de fabrication.

EN 2016, Fashion Revolution France a lancé la campagne “JE VEUX SAVOIR” pour inciter les consommateurs à demander plus de transparence à leurs marques préférées. Plus de 700 000 personnes ont interpellé les marques de mode sur les réseaux sociaux.

Cette année vous pouvez choisir une pièce dans son dressing, vous prendre en photo avec l’étiquette apparente et interpeller la marque en postant la photo sur les réseaux sociaux avec le hashtag : #WhoMadeMyClothes. L’adhésion et la curiosité des consommateurs que nous sommes prouveront aux marques qu’elles ne peuvent plus être indifférentes aux coulisses de la mode.

Consommer autrement

Comme je le disais plus haut : nous sommes en bout de chaîne. Notre consommation excessive de vêtements de mauvaise qualité qui ne tiendront que quelques mois est une validation de ces méthodes de production.

Voici quelques pistes pour faire une transition facile vers une mode plus éthique : privilégiez des jeans eco responsables, Happy New Green nous fait une sélection de créateurs éthiques, Coline nous donne toutes les astuces pour s’habiller éthique sans y laisser un SMIC, retrouvez 20 marques de mode respectueuses, Socialter dresse un bilan enthousiaste de cette mode alternative.

Ce ne sont pas les initiatives qui manquent !



J’espère vous avoir convaincu qu’une mode éthique est accessible et que c’est l’expression (dans les paroles et dans les faits) de notre désir de voir une autre mode émerger qui fera changer la situation actuelle !

 

 

 

 


  • http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/05/26/rana-plaza-la-mort-de-l-industrie_3417734_3234.html
  • http://www.ethique-sur-etiquette.org/IMG/pdf/ranaplaza4ans_publication24avril17-vf_1_.pdf
  • http://www.ethique-sur-etiquette.org/FAQ,69
  • http://fashionrevolution.org/country/france/
  • https://www.bastamag.net/Rana-Plaza
  • http://multinationales.org/Depuis-la-catastrophe-du-Rana

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