Slow : La permaculture pour les nuls !

Après quelques jours off (vacances à mon retour du Myanmar suivie de ma reprise parisienne), me voici enfin de retour avec une super interview sur la permaculture !

La permaculture c’est un phénomène dont on entend de plus en plus parler. J’ai découvert le concept en regardant le film Demain, comme beaucoup. Je me souviens avoir retenu l’idée d’une agriculture alternative qui joue sur la complémentarité, loin des modèles intensifs mais n’ayant pas à rougir de sa productivité. J’avais également lu le livre Vers la Sobriété heureuse de Pierre Rabhi, où il explique qu’il était un pionnier de cette agriculture pas comme les autres, transformant son petit terrain ardéchois plutôt hostile en un modèle du genre.

Mais si je saisissais l’idée d’un retour à des valeurs plus simples, à plus de respect pour la terre nourricière et aux moyens mis en place pour éviter les pesticides, je me posais beaucoup de questions. Est-ce que la permaculture est assimilable à la bio ? Est-ce un modèle dont on peut vivre aujourd’hui en France ? Est-ce que tout le monde peut se lancer en permaculture ? Après avoir vu tout un étal dans ma Fnac parisienne traitant de ce sujet, je me demandais également si c’était un micro phénomène vendu aux parisiens en mal de nature ou est-ce que le monde agricole s’appropriait ces principes.

Clara Pemraculture FATToutes ces questions ont trouvé une réponse en la jolie personne de Clara ! Ingénieure agronome de formation, en pleine reconversion et actuellement membre de l’équipe organisatrice du Fermes d’Avenir Tour qui a pour objectif de faire connaitre plus en détail la permaculture à travers des initiations, des formations, des visites de fermes, des projections, des conférences !

Je pense qu’elle reviendra très vite par ici nous parler de son futur projet, en attendant elle éclaire notre lanterne sur cette agriculture atypique.

Clara m’a fait le plaisir de faire des réponses longues et détaillées, pas vraiment dans l’air du temps qui veut des articles de plus en plus courts lus en 3 minutes. Mais traiter un sujet complexe en 300 mots est le meilleur moyen de n’en rien retenir, aussi j’ai choisi de ne rien couper et de faire de vous des experts en perma !

Q1

La permaculture est en réalité bien plus qu’une technique agricole, nous disons que c’est « une méthode de conception d’écosystèmes humains équilibrés ».

Sur le site des Colibris, la différence est clairement expliquée :

  • L’agriculture biologique recouvre potentiellement le nombre le plus large de pratiques. Cultiver en bio veut dire ne pas utiliser d’intrants, ni de produits phytosanitaires issus de la pétrochimie. Pour autant, il existe un bon nombre d’agriculteurs bio, qui, à cette exception près, travaillent presque comme des agriculteurs conventionnels : cultures de plein champs, en rang, sur une terre dénudée, beaucoup de travail du sol, très peu de biodiversité, beaucoup de mécanisation.
  • L’agroécologie (en tant que pratique agricole) va plus loin. En plus de techniques comme le compostage, la recherche de complémentarité entre les espèces, la culture sur buttes…, elle va chercher à intégrer dans sa pratique l’ensemble des paramètres de gestion écologique de l’espace cultivé, comme l’économie et la meilleure utilisation de l’eau, la lutte contre l’érosion, les haies, le reboisement…
  • La permaculture n’est pas à proprement parler un système agricole. Son objet est plus vaste. Elle consiste à construire des installations humaines durables et résilientes.

Elle va donc pouvoir intégrer l’ensemble des bonnes pratiques de l’agriculture biologique et de l’agroécologie mais également les énergies renouvelables, l’écoconstruction… Ses applications sont multiples : villes (notamment les villes en transition), entreprises, économie, énergie…

L’esprit de la permaculture est de relier tous les éléments d’un système les uns avec les autres, y compris les êtres humains. Tout particulièrement, la permaculture va chercher à recréer la grande diversité et l’interdépendance qui existent naturellement dans des écosystèmes naturels, afin d’assurer à chaque composante, et au système global, santé, efficacité et résilience. C’est un fonctionnement en boucle où chaque élément vient nourrir les autres, sans produire de déchets « exportables ». Dans son application agricole, la permaculture s’inspire beaucoup des forêts où le sol n’est pas travaillé.

L’agroécologie en tant que mouvement (dans l’acception qu’en donne Pierre Rabhi et Terre & Humanisme par exemple) se rapproche beaucoup de l’esprit de la permaculture, sans pour autant avoir développé le même corpus de pratiques. Ils partagent en revanche les mêmes idées d’écosystèmes résilients, appuyés sur une vision holistique et sur l’utilisation intelligente et mesurée des ressources locales, pour le plus grand bénéfice des êtres humains qui y vivent.

Je crois que la « permaculture humaine » devra nécessairement trouver sa place dans une économie de marché et dans la conjoncture actuelle…

Q2

OUI, ça marche ! Attention au vocabulaire employé : je rappelle que la permaculture va au-delà des aspects purement « pratiques » agricoles.

Pour vous convaincre que c’est financièrement possible, je vous invite à lire l’étude de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) sur la Ferme du Bec Hellouin « Maraîchage biologique permaculturel et Performance économique ». Rapport final de novembre 2015. Le travail de modélisation opéré à partir des données recueillies montre que la surface de 1000 m2 étudiée permet de dégager un chiffre d’affaires (CA) suffisant pour rémunérer une personne ayant un statut agricole.

Il est aujourd’hui encore complexe de mesurer la performance financière d’une exploitation suivant les principes de la permaculture, tant les « gains » vont au-delà de l’aspect financier. C’est un peu comme dans les entreprises où on parle de RSE (Responsabilité Sociale), le Développement Durable appliqué à l’entreprise : en RSE, on fait un rapport « extra-financier » qui est audité par les commissaires aux comptes au même titre que les données financières et intégré dans le Document de Référence annuel.

Cela montre bien qu’aujourd’hui, on ne peut plus mesurer la performance d’un système exclusivement d’un point de vue financier. Sinon ce système n’est pas durable… et donc court à sa perte !

Sur ce point, voir aussi Kevin Morel qui a réalisé sa thèse sur la viabilité des microfermes maraîchères agro écologiques.

Parmi les nouvelles installations annuelles en France, de plus en plus d’installations sont portées par des agriculteurs qui ne sont pas issus du monde agricole (1/3).

 

Les motivations de ses « nouveaux paysans » sont très majoritairement éthiques. Leur projet de vie prend en compte 5 grands axes : outre un revenu décent, ils recherchent l’autonomie, une qualité de vie et de travail, du sens et de l’engagement, … tout cela avec une charge de travail acceptable.

Donc si leur exploitation était rentable, mais qu’elle demandait par exemple trop de travail, ils arrêteraient !

Concernant la « main d’œuvre à moindre coût » : comme le prouve l’étude de l’INRA, une exploitation en maraichage bio permaculturel peut très bien financer un salarié (non stagiaire). Le fait d’avoir des stagiaires en formation fait partie de la démarche de permaculture, basée sur le collaboratif, l’échange, la transmission des savoirs. Pour avoir déjà fait du WWOOFING, je peux vous dire que ce n’est pas extraordinaire pour le chef d’exploitation : n’importe qui ne devient pas maraîcher du jour au lendemain. Ces personnes qui accueillent des stagiaires sur leurs exploitations ont un gros travail de formation avant que les apprentis deviennent véritablement « productifs » ou « rentables » si on veut utiliser ces termes. Le temps passé à les former, c’est du temps de transmission certes…mais c’est aussi du temps « perdu » à ne pas travailler efficacement sur son exploitation. Donc j’éviterai définitivement de faire le rapprochement entre « rentabilité » et « main d’œuvre stagiaire pas chère ». Par contre, ces gens qui viennent se former, c’est d’une grande richesse pour le formateur comme pour celui qui apprend : une richesse humaine, technique, intellectuelle, … qui ne se chiffre pas en euros.

 

Q3

C’est accessible à tous, oui. Mais on ne s’y prend pas du jour au lendemain 😉

Une bonne formation est nécessaire. Et le Design permacole demande d’observer le terrain d’implantation pendant 1 an avant de faire ses plans (= techniques de zonage très bien expliquées dans le super film Eveil de la Permaculture, sorti il y a quelques semaines).

Avantage certain : petites surfaces (moins de 10ha), dont moins d’investissement financier (pour le foncier et pour le matériel agricole).

 

Q4

Pour en savoir plus, allez voir le film Eveil de la Permaculture. Je vous conseille également d’aller faire un tour sur toutes les documentaires que nous diffuserons durant le Fermes d’Avenir tour, par ici !

 

question guru

Je ne peux pas vraiment parler de Guru, par contre j’ai eu un véritable déclic en regardant « En quête de sens » avec Marc de la Ménardière. A l’époque j’étais loin de me douter que je passerai 4 jours chez lui en chantier participatif !

 

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Si vous avez encore des questions, retrouvez-moi cet été sur le 1er Tour de France dédié à l’agroécologie et la permaculture … le FAT = Fermes d’Avenir Tour !

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Mille mercis à Clara de s’être prêtée au jeu de l’interview !

 


Sources

  • https://www.colibris-lemouvement.org/magazine/permaculture-agroecologie-agriculture-bio-quelles-differences
  • https://terre-humanisme.org/
  • https://www.actu-environnement.com/ae/news/rapport-onu-agro-ecologie-rapporteur-alimentation-12110.php4
  • http://www.ecoledepermaculture.org/

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