Votre bague a-t-elle fait travailler un enfant dans les mines du Congo ou de Guyane ?

La réponse est probablement oui. Désolée pour le titre provocateur mais il me faut partager cette découverte (trop) récente au plus grand nombre : nos bijoux sont à l’origine d’une pollution, d’une déforestation et d’un esclavage humain incroyables. Je vais donner l’impression de débarquer complètement, mais j’ai pris conscience de l’ampleur du désastre assez récemment.

Blood diamond, Guyane et Sri Lanka

La violence de Blood diamond m’a empêché de le regarder jusqu’au bout, mais un séjour au Sri Lanka avec une vidéo assez impressionnante sur les conditions de travail des mineurs locaux m’avait déjà bien marquée. Ne consommant pas de façon régulière des saphirs de Ceylan, je ne m’étais pas non plus vraiment sentie concernée par le sujet !

A tort !

Deuxième erreur : j’ai eu beau voir les premiers épisodes de Guyane, la série Canal sur l’exploitation illégale d’or et tout le trafic mafieux que cela entraîne, je n’avais pas fait plus le lien que ça avec ma jolie bague..

Mieux vaut tard que jamais, je viens vous résumer mes dernières lectures à ce sujet ! Loin de moi l’idée de jeter la pierre à ceux qui les aiment à leur index, il existe de nombreuses marques ayant mis en place des dispositifs plus éthiques. Nous y reviendrons plus tard.

Ecologie

Déforestation & pollution de l’environnement

Dans les zones boisées, chaque nouveau site nécessite de raser la forêt pour l’extraction elle même et pour construire un campement pour les mineurs. Le problème ?

  • érosion des sols, détournement des cours d’eau pour approvisionner le camp, ce qui à terme dégrade la qualité de l’eau pour ceux qui la boivent et ceux qui y vivent,
  • les mineurs chassent et pêchent sans tenir compte des espèces protégées ni des quotas, menaçant ainsi l’équilibre de l’écosystème,
  • destruction de l’habitat naturel de la faune locale,
  • tous les déchets, y compris toxiques, sont laissés sur place,
  • sans parler des dommages pour les populations, « en particulier amérindiennes dont le mode de vie repose encore directement sur la qualité de leur environnement ».

Très peu de réglementation locale pour endiguer le phénomène d’autant que les sites clandestins se multiplient de façon exponentielle avec l’évolution du cours de l’or. « Ils seraient ainsi plus de 10 000 orpailleurs clandestins à travailler dans le plateau des Guyane, particulièrement touché par ce phénomène ». C’est ainsi que « la déforestation liée à l’orpaillage a triplé en huit ans sur l’ensemble des trois Guyane (la Guyane française, le Suriname et l’Etat du Guyana) et sur une partie du territoire brésilien de l’Amapá ».

Procédé chimique d’extraction

Au delà des hectares de forêts décimés avec les impacts énoncés ci dessus, c’est le processus même d’extraction de l’or et de l’argent qui est polluant.

Selon un rapport de Human Right Watch paru en 2013 (source à la fin de l’article) : « les hommes, les femmes et les enfants qui travaillent dans ce secteur utilisent du mercure pour extraire l’or du minerai. Ils moulent et écrasent le minerai en un mélange sableux, puis ajoutent le mercure, qui se lie à l’or, créant un amalgame. Ils brûlent ensuite l’amalgame pour évaporer le mercure et séparer l’or. Bien qu’il existe d’autres méthodes pour extraire l’or du minerai, le mercure est peu coûteux, facile d’accès et facile à utiliser. Près d’un million d’enfants travaillent dans le secteur minier dans le monde entier. Dans les mines d’or artisanales, les enfants sont souvent appelés à travailler avec le mercure, car cela est considéré comme un travail plus facile pour les enfants en bas âge. Pratiquement tout le mercure qui est utilisé dans l’exploitation minière artisanale est libéré dans l’air, les rivières et le sol, ce qui présente un risque grave pour la santé des adultes et des enfants qui travaillent dans les mines, des communautés vivant à proximité des mines, et des populations à l’échelle mondiale. »

Les mines industrielles optent plutôt pour l’usage du cyanure, « les plus grandes déversent jusqu’à 1.900 tonnes de cyanure par an dans l’environnement ».

In fine, extraire 1 gramme d’or génère plus de deux tonnes de rebus miniers auxquels il faut ajouter la quantité de mercure et de cyanure rejetée dans l’environnement.

Selon Le Monde « aujourd’hui, 95 % de l’or mondial n’est pas traçable. Et pire, selon un sondage, 82 % des acteurs de la bijouterie (fabricants, distributeurs, affineurs, etc) ne connaissent pas la provenance de l’or qui passe entre leurs mains. »

Comment faire pour être sûr d’avoir un impact (au moins) neutre ?

Solution : le recyclage

L’or fait partie de ces métaux précieux qui sont recyclables à l’infini sans en dégrader la qualité.

Or du Monde nous informe que « depuis le 1er janvier 2016 il n’est plus possible de recycler l’or des particuliers, l’opération doit faire l’objet d’un rachat d’or avant de pouvoir l’utiliser dans la fabrication du nouveau bijou. Le cours de reprise de l’or inclut les coûts liés à son affinage pour lui rendre son état pur d’origine avant de s’en servir pour créer un nouvel alliage. »

A ce jour il existe suffisamment d’or déjà extrait pour couvrir la demande de l’ensemble de l’industrie bijoutière des 50 prochaines années.

Il suffit de demander a votre bijoutier au moment de l’achat où est-ce qu’il se fournit en or et s’il n’est pas recyclé, s’il bénéficie du label Fairmined, mais nous y reviendrons plus bas.

Ethique

Qui dit exploitation illégale dit mafia, impunité, exploitation des plus pauvres, injustices, travail des enfants, drogues et prostitution, trafic d’armes,…

Voire le financement de conflits armés comme on peut le voir en Afrique. Les diamants par exemple ont joués un rôle majeur dans les guerres qui ont meurtri l’Angola, le Liberia, la Sierra Leone et la République Démocratique du Congo, principalement dans les années 1990-2000. Les diamants servent de monnaies d’échange pour financer armes et soldats et pour s’assurer des soutient a l’extérieur du pays. La richesse de ses sols est également l’origine de nombreux conflits civils.

Ces richesses font également tourner la tête à l’occident puisque « de nombreuses compagnies minières et diamantaires occidentales, et en particulier originaires des États-Unis, du Canada et d’Israël, soutenaient le gouvernement de Kabila (RDC) en échange d’accords commerciaux. Ces actions leur valurent de nombreuses critiques des groupes de défense des droits de l’homme. »

Parlons en des droits de l’homme dans ces fameuses mines. Je vous invite à lire cet article de l’UNICEF sur les conditions de travail des enfants dans les mines du Congo, c’est atroce.

Je prends le diamant pour exemple, mais il faut en fait être prudent avec toutes les pierres précieuses et semi précieuses. Je suis actuellement au Myanmar et les reportages sur les mines de Jade font vraiment froid dans le dos.

Solution : les labels et joailleries éthiques

Les labels

Autant le préciser d’emblée les labels éthiques actuels sont très inégaux, et les diamants certifiés conflict free ne valent pas grand chose.

1/ Concernant les diamants, sous la pression, l’industrie mondiale du diamant s’est enfin positionnée pour une de tolérance zéro envers les diamants de la guerre en créant le  Système de Certification du Processus de Kimberley adopté en 2003. Le but de cette certification est d’empêcher les diamants de la guerre de pénétrer la chaîne d’approvisionnement diamantaire légitime. Ce sont 80 pays producteurs qui suivent ce processus.

Aujourd’hui, cette certification est vivement critiquée car :

  • elle ne concerne que les diamants bruts et non les diamants déjà polis,
  • la définition de conflit est très restreinte et couvre uniquement le cas ou les diamants auraient servi à financer le camp « rebelle » d’une guerre civile, rien sur les pierres extraites de manière non éthique et potentiellement liées à des faits de torture, d’assassinat ou de viols commis par une armée régulière,
  • la seule sanction prévue en cas d’infraction est l’embargo, qu’a subi la RDC en 2013, mais cette sanction n’a pu empêcher le commerce interne des diamants, ni leur contrebande, tandis que certaines entreprises privées se sont contentées de stocker les diamants achetés aux factions armées dans l’attente d’une levée du blocus économique,
  • le processus ne concerne pas les industries minières privées,
  • elle ne tient absolument pas en compte des risques environnementaux.

La revue nouvelle précise : « rien que pendant l’année 2015, l’assèchement quasi total du lac Poopo (Bolivie) du fait, entre autres, des besoins hydriques de l’industrie minière locale ainsi que l’accident du barrage minier de Bento Benitez au Brésil en attestent largement. C’est tout aussi vrai pour les mines de diamant. En Angola et en Sierra Leone, des décennies d’extraction minière ont lardé ces pays de graves cicatrices environnementales : érosion et pollution des sols, disparition d’espèces animales terrestres et aquatiques, etc. Ces dégâts empêchent l’agriculture et la pêche de se développer, et impliquent un nécessaire déplacement des populations. Ils déstabilisent l’équilibre écosystémique et socio économique de ces régions déjà fragilisées. »

Autant préciser qu’aujourd’hui ce label est peut être mieux que rien mais mérite une reforme massive.

Aller plus loin que le label Kimberley

Pour avoir la garantie d’acheter un diamant éthique, il faut se renseigner auprès de votre bijoutier. Il vous garantira qu’ils sont conflict free et il faudra creuser un peu plus !

Sur son site, Or du Monde, estime que la certification Kimberley ne suffit pas, ils ont décidé de travailler avec des partenaires respectant les droits de l’homme, l’environnement, offrant une traçabilité complète et favorisant une répartition des richesses un peu plus juste. Seuls 0,1% des diamants échangés dans le monde correspondent à ces critères. Vous imaginez qu’un tel suivi se répercute forcément en partie sur le produit fini, éthique et bon marché vont rarement de pair.

2/ Concernant l’or, le label équitable Fairmined est beaucoup plus reconnu et assure qu’aucun enfant ne travaillent dans les mines, que hommes et femmes reçoivent un salaire égal à travail égal, les mineurs sont organisés en coopératives indépendantes et ont des conditions de travail décentes, sécurisées.

Une acheteuse de l’or Fairmined explique que : « lorsque j’achète de l’or éthique et équitable, il y a un prix minimum garanti pour les mineurs et je reverse pour chaque gramme une éco-participation destinée au développement de nouveaux projets Fairmined : mise aux normes de nouvelles mines, ou actions sociales auprès des villages miniers. Sur chaque alliance cela représente plusieurs dizaines d’euros en moyenne. Ce n’est pas rien ! Là où Fairtrade ne reverse que 2 euros par gramme, c’est 4 euros pour les certifiés Fairmined. Ainsi, mes clients et moi agissons concrètement pour réduire les émissions nocives pour l’environnement et les populations vivant près des mines, développer des initiatives qui permettent aux artisans miniers de vivre dignement de leur travail. »

Parfaite transition car cette acheteuse n’est autre que la fondatrice de Paulette à bicyclette une des marques de joailleries éthiques les plus connues en France.

Joaillerie éthique

Des joailliers ce sont positionnés sur ce segment éthique, je vous cite les 5 plus connues : Or du Monde, Paulette à Bicyclette, Flore et Zephir, Jem, April.

Pauline de Bright Pause décrit bien les univers respectifs de chacun dans cet article.

Et ma jolie bague que j’ai déjà achetée alors ?

Apres avoir pris connaissance de toutes ces infos, j’ai commencé à regarder ma jolie bague récemment offerte avec un peu moins d’étincelles dans les yeux. Pour cette occasion un peu spéciale j’avais choisi un petit artisan issu d’une reconversion, ayant installé sa boutique atelier dans le 3eme. Plutôt en accord avec une démarche slow : du local, circuit court, patience car chaque bijoux était créé sur demande, et a un prix certes un peu élevé mais avec un véritable savoir-faire en face.

Je suis donc retournée sur le site internet que j’ai passé au peigne fin : aucune information sur la provenance de l’or ou des pierres.

Plusieurs options s’offraient à moi : regretter cet achat et uniquement acheter à l’avenir sur les sites que je vous ai cité ci-dessus ou faire ma part de colibri.

J’ai donc pris ma plus belle plume afin de contacter la créatrice pour lui demander plus d’infos sur la provenance de ses matières premières.

Quelques heures plus tard j’avais ma réponse : tout l’or utilisé vient d’une recyclerie parisienne et les diamants proviennent d’un diamantaire de confiance. La créatrice (adorable et patiente au vu du nombre de mes questions !) a pris le temps de le contacter pour lui demander plus d’information. Le bât blesse un peu à ce niveau car le diamantaire se fournit en Belgique, l’essentiel de la provenance de ses pierres venant de Centrafrique, un pays où il est vraiment compliqué d’obtenir des diamants « conflict free » et on a vu ci-dessus ce que vaut cette mention.

Imaginez si de plus en plus de clients se manifestent en demandant plus d’information de ce genre et en manifestant l’envie d’avoir des pierres clean. Peut-être que cette créatrice chercherait à en savoir beaucoup plus sur la provenance de ses pierres et deviendrait de plus en plus exigeante sur l’origine de l’ensemble de ses matières premières. Une fois encore : les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Let’s change the world !

La communication est la clé, de la même façon que je vous conseillais dinterpeller les marques sur twitter, échanger directement avec les commerçants est un formidable levier.

Je suis sure que nous sommes nombreux à ne pas oser refuser un sac plastique, à ne pas suggérer plus de bio au petit fromager du coin, à proposer l’idée de moins d’emballages à un site d’achat en ligne,… Je me force de plus en plus à le faire, et c’est à vrai dire de plus en plus facile car j’ai toujours eu des réponses plutôt positives et enthousiastes ! et qui sait, j’ajoute peut être une pierre a un édifice qui a débuté par de nombreuses personnes avant moi et qui fera peut-être pencher la balance !

Pour votre prochain achat de bijoux, pensez-y ! Les joailleries éthiques existent mais à vous de pousser les joailliers classiques sur ce chemin !

 

 



Sources :

  • http://www.rubel-menasche.com/fr/industrie/ethique/de-lor-ecologique-et-equitable-en-provenance-de-mongolie-et-de-colombie/
  • https://www.hrw.org/sites/default/files/related_material/Mercure-Traite-mondial_0.pdf
  • https://www.ordumonde.com/a-propos/engagement-or-du-monde/or-recycle-71
  • http://www.sololiya.fr/nou_ka_ale/je_comprends/l_orpaillage/2_les_impacts_de_l_exploitation_d_or_alluvionnaire#para170
  • https://www.sauvonslaforet.org/themes/or/questions-et-reponses#start
  • http://ecologie.blog.lemonde.fr/2012/02/14/saint-valentin-lor-illegal-poursuit-ses-ravages/
  • http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/01/02/l-orpaillage-illegal-en-plein-essor-dans-le-parc-amazonien-de-guyane_5056403_3244.html#qHYGzULAp3H8v6Xi.99
  • http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/01/19/97002-20170119FILWWW00156-guyane-lutte-contre-l-orpaillage-illegal-renforcee.php
  • http://www.vedura.fr/environnement/pollution/pollution-mercure
  • http://www.lexpress.fr/styles/mariage/trois-marques-de-joaillerie-ethique-pour-une-alliance_1626415.html
  • https://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2007-1-page-173.htm
  • http://www.revuenouvelle.be/Le-processus-de-Kimberley-a-t-il-un-avenir
  • http://www.consoglobe.com/choisir-une-bague-de-fiancailles-preferez-le-diamant-ethique-cg

2 Comments

  1. maconscienceecolo

    Merci beaucoup pour cet article très intéressant. Je suis arrivée sur ton blog sur le conseil d’une de mes lectrices et cet article tombe vraiment à propos car je commence à chercher ma bague de fiançailles. Je ne savais pas du tout que les bijoux pouvaient avoir un impact aussi défaste ! Je vais regarder ça de plus près.

    • Super contente de t’avoir convaincue à ce sujet, qui mérite vraiment d’être plus connu !!

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