Pourquoi vous devez lire des biographies d’aventuriers

Cette année je me suis prise de passion pour ces récits de l’extrême ! Ce n’est absolument pas un top 10 des livres du genre à lire, j’ai listé tous ceux que j’ai lu, ceux que j’ai adoré comme ceux que j’ai eu du mal à finir. Le but n’est pas de vous faire une revue individuelle mais plutôt de partager ce que j’en ai appris, retenu, moi qui suis, paradoxalement, une sportive du dimanche – et encore !

La sélection est hétérogène : des sportifs professionnels, des aventuriers écrivains, des têtes brûlées, des aventures d’une vie, un focus sur une expédition qui tourne mal. Les écrivains n’ont clairement pas tous la fibre d’un Sylvain Tesson pour retracer leurs péripéties : certains sont très pragmatiques avec un style proche d’un journal de bord, d’autres écrivent tellement sur la poursuite d’un idéal, de leur objectif ou de ce qu’ils cherchent à prouver qu’on ne connait presque aucun détails pratiques de leurs aventures, d’autres encore sont tellement passionnés par leur sport qu’on sent qu’ils ne pourraient rien faire d’autre de leur quotidien.

La volonté & la puissance du mental

Le sous-jacent : les montagnes déplacées (ou traversées !) par la volonté d’un être humain assez fou et obstiné pour suivre ses rêves et les atteindre, parfois au prix de sacrifices délirants pour le commun des mortels.

Je pense à Kilian Jornet qui, à ses débuts, préfère s’acheter une paire de chaussures que d’économiser pour s’acheter de quoi manger, à Mike Horn qui préfère perdre des doigts dans l’arctique plutôt que d’abandonner, à Tabarly qui dépense chaque franc gagné et chaque weekend et vacances dans la réhabilitation de son cher Pen Duick.

Le fameux adage : quand on veut, on peut, prend vraiment tout son sens ! Sans forcément se lancer dans la traversée de la Sibérie non plus, je trouve que ces exemples sont assez inspirants au quotidien : un plan d’entrainement pour courir un 10 km devient d’un coup abordable et les rêves les plus fous (une petite traversée de l’Atlantique en ce qui nous concerne) semblent toujours un peu loin mais pas inatteignables.

A condition de vraiment s’en donner les moyens : Kilian est certes l’ultra terrestre dont tout le monde parle mais il s’entraîne entre 3 et 5h tous les jours de l’année, Mike Horn s’entoure des meilleurs tant en terme de préparation du matériel que des conditions de vie lorsqu’il prépare ses expéditions, Eric Tabarly a passé les concours de la marine pour pouvoir pratiquer au quotidien. On pourrait penser lorsqu’on les voit passer aux infos à l’issue de leurs exploits : la chance, quel bonheur… 10 min de bonheur à l’arrivée pour des heures, des semaines, dans la douleur des entraînements, dans le froid de l’antarctique et des océans !

La résistance du corps humain

Mike Horn raconte ses parfois 60 heures à pagayer sans dormir, Florence Arthaud les heures passées dans l’eau à attendre qu’on vienne la secourir, Kilian et ses courbatures, ses crampes pendant parfois 100 km, Joe Simpson les km à ramper et à sortir d’une crevasse avec une jambe fracturée à plusieurs endroits,…

On sous estime tellement notre corps et ses folles capacités. C’est d’ailleurs ce qui fascine véritablement plusieurs des auteurs (ceux qui appartiennent souvent à la catégorie case à cocher : Horn, Hedrich par exemple) : jusqu’où mon mental va l’emporter sur les capacités physiques de mon corps ?

L’objectif

Parfaite transition pour aborder la raison même de ce dépassement, pourquoi ? Pourquoi s’infliger toutes ces souffrances, ces heures d’entrainement ? Pourquoi pousser son corps à bout ? Pour le plaisir de cocher une liste, pour arriver le premier, pour se prouver qu’on peut le faire ?

De ces précédents lectures j’en déduis 3 catégories :

1/ Ceux dont le sport exercé est une passion, Kilian Jornet titre d’ailleurs son livre sans ambiguïté : Courir ou Mourir. C’est le même moteur pour Tabarly, Simpson ou Arthaud.

La vie n’aurait aucun intérêt s’ils ne pouvaient pas pratiquer cette passion dévorante, ils vivent pour naviguer, grimper, courir. Ils ont un objectif, un point de mire et rien ne les en dévie (famille, dangers, éloignement,…). D’ailleurs même après avoir rampé pendant 2 jours avec une jambe cassée et avoir frôlé la mort de très très près, Simpson reprendra rapidement crampons et piolets !

C’est parfois un peu frustrant à lire, une fois le livre refermé on a parfois l’impression d’avoir une vie un peu fade, sans un objectif pour lequel on est prêt à tout. C’est ce qui différencie les gens très forts des petits prodiges de leur discipline. Le fait d’être intransigeant sur ses objectifs, vouloir être le meilleur, ne négliger aucun détail, faire des sacrifices démentiels. Et il en va de même pour les entrepreneurs qui réussissent super bien, les groupes de musique qui cartonnent, les blogs type Garance Doré, ce sont des gens habités par leur mission.

La morale de l’histoire, ne pas se comparer avec de telles personnalités tout en préférant finir notre série que de s’y mettre ! Il faut bien évidemment s’en inspirer, mais sans un minimum de discipline et d’investissement autant rester humble dans ses ambitions et arrêter de se demander pourquoi on est pas le futur Steeve Job ou le Make My Lemonade de la blogo ! Il faut soit se donner les moyens de ses ambitions, ou réajuster son ambition à ses moyens en d’autres mots, personne ne va s’entraîner à notre place.

2/ Ceux qui veulent se prouver quelque chose, repousser les limites, je pense à Mike Horn et à Charles Hedrich et dans une moindre mesure à Jon Krakauer. J’avoue que ce sont ceux dont les livres m’ont fait le moins rêver : un enchaînement de chiffres, de records battus, une grosse logistique mise en place par leur entourage et la perpétuelle question : que faire ensuite ? le tour du pole nord à cloche pied ? la traversée de l’atlantique en brasse indienne les yeux bandés ?

Leurs exploits n’en sont pas moins remarquables (pour son anniversaire Mike Horn préfère battre son record de distance en canoë – plus de 60 km- que de se reposer tranquille !), on y retrouve un grand respect des forces de la nature, une sensibilité écolo pour certains. Ce n’est pas inintéressant, mais on se demande quand même ce qu’ils cherchent à (se) prouver : qu’ils ont un corps incroyablement résistant, un mental d’acier, qu’ils sont plus forts que les éléments ?

3/ Et enfin mes préférés : les rêveurs ! Sylvain Tesson décide de refaire le périple des évadés du goulag sibérien jusqu’en Inde. De mai 2003 à janvier 2004, l’auteur refait, sans moyen mécanique, le chemin des évadés du livre À marche forcée de Sławomir Rawicz, c’est à dire 6 000km. Ici pas de chrono, pas de record à battre, mais un hommage à cette soif de liberté de cette poignée d’évadés.

Cela me fait penser à un collègue qui a fait un tour du monde sur les traces de Corto Maltese ou encore au livre (pas encore lu !) Voyage avec un âne dans les Cévennes de Stevenson qui inspire tant de randonneurs qu’à l’occasion du centenaire du voyage, en 1978, un itinéraire de randonnée a été mis en place, pour permettre aux amateurs de répéter le voyage d’aussi près que possible (c’est le GR 70 ou le « chemin de Stevenson »).

Après avoir lu de tels ouvrages difficile de se contenter pour ses vacances d’une semaine à la plage ! On en ressort fourmillant d’idées : nous aussi on veut notre part d’aventure, repousser nos propres limites. Revenir rincés mais super fier d’avoir sauté le pas, d’avoir osé faire quelque chose qui nous faisait rêver et qui nous sembler inaccessible !

C’est ce que je préfère à la lecture de ses livres : en ressortir un peu plus courageuse, oser me dire : si, si, un premier cours de voile à 28 ans ça se tente ! Un trek en autonomie alors que je suis loin d’être une bonne marcheuse et que je sais que je vais flipper la nuit dans ma tente : ok, tentons ! Je ne suis clairement pas la prochaine aventurière dont vous lirez les péripéties, mais j’aime l’idée de capter les moteurs de ces personnages hors normes et essayer de me les approprier ne serait-ce qu’un peu, juste assez en tout cas pour me créer une petite part de rêve !


 

Quelques liens pour trouver vos propres récits d’aventure et commencer à soulever vos montagnes !

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